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vendredi 7 mars 2014

Petit rappel historique



Mais quelle est donc la vraie nature de l'eau? Nous résumons ici la saga de cette incroyable histoire où chaque idée novatrice pour son époque concernant cette substance se trouve irrémédiablement anéantie un peu plus tard pour laisser place à une idée condamnée à disparaître à son tour. Ainsi, pour le philosophe grec Thalès (624-525 av. J.-C.), fondateur de l’école de Milet, l’élément premier permanent est l’eau qui constitue toutes choses et qui assure la transformation de tout. Son disciple Anaximandre de Milet (610-546 av. J.-C.) trouvant que l’eau était un corps beaucoup trop grossier pour jouer le rôle de substance primordiale torpilla sa théorie et affirma que la cause matérielle et l’élément premier de la nature était l’apeiron, chose infinie et illimitée de laquelle procèdent tous les cieux et les mondes. Anaximène de Milet (585-525 av. J.-C.), ayant beaucoup de mal à concevoir concrètement un tel infini torpilla a son tour la théorie de son concitoyen en préférant mettre l’élément air au centre de sa philosophie car ce dernier apparaît illimité comme l’apeiron tout en étant de nature beaucoup plus subtile que l'eau de Thalès. Héraclite d’Éphèse (544-480 av. J.-C.), dit «l’obscur», désintégra en bloc toutes les théories en provenance de l''école de Milet. Pour lui, c’était plutôt le feu qui était le principe de toutes choses car en lui résidait la réalité du mouvement, apte à produire l''état premier et dernier du cosmos à travers ses cycles. Pour Anaxagore de Clazomènes (500-428 av. J.-C.), il était parfaitement ridicule de prétendre qu''il y avait un élément primordial et émis l'idée qu'il y avait un nombre infini d’éléments premiers qualitativement différents appelés homœméries ou atomes soumis au chaos jusqu’à l’apparition de l’esprit, le Noūs, qui mit tout en ordre. Puis vint Empédocle d'Agrigente (490-435 av. J.-C.) qui fit table rase de toutes ces balivernes en plaçant la terre au même rang que l’eau, l’air ou le feu, et en décrétant que ces quatre éléments, animés par les forces de l’amour et de la haine, étaient les principes premiers composant toutes choses. Les choses concrètes naissent ainsi par l’amour qui rapproche les quatre éléments et sont détruites par la haine qui les séparent. Platon (427-346 av. J.-C.) mathématisa pour sa part la théorie des quatre éléments d'Empédocle en associant le feu au tétraèdre, l'air à l'octaèdre, la terre au cube, l'eau à l'icosaèdre et en réservant le dodécaèdre comme symbole de l’apeiron d'Anaximandre.



La théorie des quatre éléments matériels plus un cinquième soigneusement caché (la quintessence) passa donc à la postérité et devint le paradigme scientifique pour de nombreuses générations via les écrits d''Aristote (384-322 av. J.-C.).



Il fallu alors attendre près de 2200 ans pour qu'un chimiste français Antoine Laurent de Lavoisier (1743-1794) ose prétendre que le grand Aristote avait tort et désintégrer l'idée que l'eau était un élément indécomposable en éléments plus simple. Pour affirmer que l'eau était composée d'hydrogène et d'oxygène et ne pouvait prétendre aux statut d'"élément" et que la théorie du phlogistique en vogue pour expliquer les phénomènes de combustion était une belle ânerie, Lavoisier s'appuie sur ses propres expériences inspirées des travaux de ses compatriotes Pierre Joseph Macquer (1718-1784) et Sigaud de La Fond (1718-1784).



Lavoisier se distingue ainsi des chimistes britanniques Joseph Priestley (1733-1804), James Watt (1736-1819) et Henry Cavendish (1731-1810) qui feront les mêmes observations mais commettront tous l'erreur fatale d'interpréter leurs résultats à la lumière de la théorie du phlogistique.



Le coup fatal à Aristote est porté en 1801 par les chimistes britanniques William Nicholson (1753-1815) et Anthony Carlisle (1768-1840) qui décomposent l'eau directement en deux volumes d'hydrogène pour un volume d'oxygène grâce à une pile électrique inventée en 1800 par le physicien italien Alessandro Volta (1745-1827).



Commence alors un violente controverse entre atomistes qui raisonnent en volume et écrivent l'eau sous la forme H2O et les équivalentistes qui raisonnent en masse et écrivent donc l'eau sous la forme OH. Le débat sera définitivement tranché en 1908 par le physicien français Jean Perrin (1870-1942), prix Nobel de physique en 1926 et créateur en 1939 du Centre National de la Recherche scientifique ou CNRS, qui montre que le nombre d'Avogadro, constante fondamentale de la théorie atomique, peut être mesuré de 13 manières différentes, ce qui établit de manière certaine et indiscutable l''existence des atomes et donc la formule H2O pour l'eau.



Aristote meurt donc une deuxième fois en 1908 car ce philosophe comme les équivalentistes du dix-neuvième siècle niait lui aussi l''existence des atomes. L''achèvement de la physique quantique corpusculaire du physicien allemand Werner Heisenberg (1801-1976) et du physicien autrichien Erwin Schrödinger (1887-1961) va permettre en 1926 de comprendre que chaque atome d''hydrogène se trouve lié de manière covalente à l'atome d'oxygène central et expliquer la forme en V de la molécule ainsi que son apparence en tête de Mickey mouse.



Depuis un peu plus d'un siècle la formule H2O semble donc incontournable, tout comme semblait incontournable la théorie d'Aristote avant le dix-huitième siècle. Aujourd'hui, en 2012 il est temps de révéler que cette formule H2O fait énormément de tort à l'eau en nous empêchant de prendre conscience de sa véritable nature. En effet, depuis 1926 la science se complait à interpréter les propriétés de cette substance dans le cadre de la physique quantique corpusculaire, physique qui sépare les choses en deux catégories bien distinctes: matière (traitée de manière quantique) et rayonnement (traité de manière classique via les équations de Maxwell). Le problème de la physique quantique corpusculaire, c'est qu'elle est myope et à très courte portée, ce qui emprisonne l'eau dans son habit du dix-huitième siècle: H2O. Or dès 1927, le physicien britannique Paul Dirac (1902-1984) et le physicien allemand Pascual Jordan (1902-1980) vont réussir à quantifier le champ électromagnétique pour donner naissance à la théorie quantique des champs où matière et rayonnement ne sont que des excitations d'un champ unique réservoir infini d'énergie que l'on appelle le vide.



Dans ce cadre unifié où l'apeiron d'Anaximandre (vide), réalise l'union du feu d'Héraclite (lumière) avec l'eau de Thalès, se révèle la véritable nature de la liaison hydrogène qui donne naissance aux domaines de cohérence {H2O}n de l''eau liquide ou solide. Pour briser cette image vieillotte et réductrice de la formule H2O et révéler la véritable structure de l'eau en domaines de cohérence sur lesquels il devient possible de stocker et de lire des informations de manière dynamique grâce au réseau fluctuant de liaison hydrogène, il faut se réveiller. Le rêveur doit s'arracher à la matrice H2O qui alimente son rêve inutile et stérile. Tout comme il a fallu se réveiller après 2200 ans de sommeil alimenté par l'élément eau, il faut faire aujourd'hui de même avec la formule H2O qui vit ses derniers jours. C'est tout simplement, comme le disait si bien Lucrèce,dans la nature des choses...

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