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lundi 22 septembre 2014

Eau et langage


L'être humain est le seul mammifère possédant un organe,  le larynx, lui permettant de produire des sons articulés et cohérents. Il m'a donc semblé intéressant de voir le son que les êtres humains produisent lorsqu'ils veulent parler de l'eau. Par exemple, pour nous, peuple français, nous utilisons le mot «eau» qui est la déformation du mot «ewe» utilisé au XIème siècle et que l’on utilise encore de nos jours en wallonie. En fait, dans certains vieux dialectes français, on trouve même la racine initiale «eve» que l’on retrouve de nos jours dans le mot «évier» par exemple. Par conséquent, le mot français pour l’eau est une référence directe à «Ève», mère de l’humanité. Allons encore un petit peu plus loin en remarquant que le nom «ewe» est lui-même une déformation latine du mot hébreu «hawa» qui signifie «vivante» et qu’en sanscrit, nous avons également le mot «jivah» qui signifie, «vivant, animé». Ce nom donné par Adam à sa femme est donc un rappel clair qu’Ève est littéralement «celle qui amène la vie» (Gen. 3:20). On remarquera que le français ne reprend pas, contrairement à beaucoup d’autres langues, le mot latin «aqua» qui dérive du mot proto-indo-européen (PIE) «akwa» association de deux racines *ak’- qui signifie «pointu» et *(a)ue- qui signifie «s’écouler». Le son «aqua» rend donc l’idée d’une substance qui s’écoule en se ramifiant comme on peut le constater avec les fleuves et les rivières. La même idée est rendue par le mot slave «voda» où l’on combine la racine *(a)ue- avec la racine *del- qui signifie «diviser». Si l’on utilise plutôt la racine *ter- qui signifier «traverser», on obtient le mot anglais «water», c’est à dire une chose qui s’écoule et se fraye un passage. On peut également noter la similitude entre la racine proto-indo-européenne *(a)ue- et la racine proto-finno-ougrienne *wet- à l’origine du mot finlandais «vesi» ou du mot hongrois «viz» qui désignent donc également l’eau qui s’écoule. Certains peuples préfèrent mettre l’accent sur le fait que les liquides peuvent être bus et utilisent donc la racine *seu- qui signifie «jus, liquide». On obtient ainsi le mot turc «su» ou le mot chinois «shui» qui rendent l’idée d’une chose à boire, ou encore le mot allemand «wasser» qui suggère que la chose à boire s’écoule par combinaison des racines *(a)ue- et *seu-. Mais l’eau sert aussi à laver et nettoyer, ce qui fait que l’on peut aussi utiliser la racine *mew- qui signifie «mouiller». On obtient ainsi le mot arabe «mâa», la chose qui mouille ou le mot hébreu «mayîm», qui rend la même idée mais au pluriel. On revient ici évidemment à la femme qui mouille puisque la racine *mew- sert aussi de prototype pour les mots «mère», «mama», «maman», etc... Et quand est-il de notre cher Adam qui comme Ève est constitué aussi d’eau morphogénique? Sans surprise, les grecs utilisent effectivement la racine proto-indo-européenne *ner- qui signifie non seulement «homme, énergie» conduisant au mot grec «nero». Quand à Adam, le premier homme, son nom utilise la racine proto-indo-européenne*ad- qui avec les racines très similaires comme *ap- ou *ab- que l’on retrouve dans le mot roumain «apa» ou avec le mot persan «âb» rendent l’idée de courant d’eau. En inde, la racine proto-indo-européenne *pel- signifiant «plat et étendu» est combinée avec la racine *ner- pour former le mot hindi «pāni», tandis que la racine proto-indo-européenne *gel- signifiant «froid» donne le mot sanscrit «jala» qui rappelle le refroidissement qui se produit lorsque l’eau s’évapore ou se transforme en glace. Hors Europe, on notera que dans le langage proto-uto-aztèque, à l’origine des langues indigènes d’Amérique du Nord et d’Amérique centrale, on utilise mot «atl» avec un océan dit «atlantique» unissant (ou séparant selon les points de vue) la plaque eurasienne et la plaque américaine. Pour l’Afrique, on retrouve dans la plupart des langues bantoues de lagrande famille nigéro-congolaise la racine proto-indo-européenne *mew- comme dans le mot swahili «maji». Aucune racine proto-indo-européenne ne peut en revanche être identifiée dans les langues mandées avec des mots comme «dji» (Soninké) ou «gui» (Bambara) ou encore avec le mot «kôm» d’origine gur/voltaïque  (Moré) ou le mot «omi» d’origine kwa (Yoruba), mots qui se réfèrent tous à l’eau de boisson. Il en est de même avec le khoïsan caractérisé par de multiples clicks et immortalisé dans le film «Les dieux sont tombés sur la tête», ou avec toutes les langues austronésiennes comme pour le mot tagalog «tubig».

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